La tête dans les branchages

Aller mettre son nez près du prunier.
Humer les effluves sucrées.
Entre mes doigts, je pince délicatement les fruits à la peau veloutée.
Sentir ce moment où
La tige cèdera ou
Ne cèdera pas.
Ne pas forcer le fruit. Jamais.
C’est cela, récolter.
Saisir l’instant, n’emporter que ce qui est à juste maturité.
Donner du temps à ce qui est trop vert, mais ne pas se tromper :
Prendre garde à ne pas passer à côté d’un fruit tout juste mûr et prêt à tomber,
À être emporté par son poids, le vent, la pluie.
Ce qui touchera le sol en notre absence appartiendra aux fourmis.
Monter sur l’échelle,
Avoir la tête dans les branchages.
Repérer les prunes, celles dont la robe a jauni.
Étirer le corps,
Tendre le bras.
L’arbre attrape au passage quelques uns de mes cheveux noués,
Me faisant lancer d’expressives onomatopées de connivence.
Une mésange pépie et attire notre regard.
Les fines pattes agrippées, les plumes jaune poussin et bleues hérissées par une brise fraîche,
Elle picore dans une prune à même l’arbre fruitier.
Nous restons là, à l’observer.
C’est cela aussi, avoir un prunier.
C’est partager.
Le panier, à chaque récolte, est à nouveau rempli de fruits.
De retour dans la cuisine,
Nous découvrons une autre copine.
Une coccinelle s’est invitée sur l’anse en osier.
Je retourne dans le jardin pour l’y déposer,
Parée de ses petits pois noirs sur sa jolie coque dorée.

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Le temps de l’envol des outardes (Partie 2)

Ce dernier après-midi à Sainte-Anne-du-Lac, je suis Maryanne dans la serre où je récolte les tomates cerises qui n’en finissent pas de rougir.
Maryanne sort vider les plantes aquatiques de la marre aux grenouilles, dévoilant leurs merveilleuses racines indigo.
Après éviction des bulbes flottants et de quelques seaux d’eau, une famille grenouille apparaît en effet. Petites, moyennes, grandes.
Le ciel s’assombrit.
J’aide Réal à désinstaller une clôture.
Je rassemble et remonte les piquets en acier. Ils pèsent un bon poids.
J’emporte jusqu’à la cabane, comme un marchand de tapis, le grillage enroulé.
Réal plaisante sur ma musculature en passe de devenir méconnaissable.
Maryanne remplit des brouettes d’herbes, fleurs, haricots, tomates, œillets d’Inde, bourraches…
Les terres se dénudent.
Toujours et encore, de plus en plus.
Comme les outardes, le sol se prépare à l’hiver. L’hibernation à défaut de la migration.
La fin du cycle de production est tout à fait Continuer la lecture de Le temps de l’envol des outardes (Partie 2)

Le temps de l’envol des outardes (Partie 1)

La fermeture des jardins s’accélère.
Grand nettoyage d’automne.

J’arrache les derniers calendulas pendant que Maryanne coupe les roses trémières.
Le tout, empilé pour compostage, est recouvert de fumier.
Maryanne me fait goûter les feuilles de plantes médicinales : livèche (en fines herbes pour favoriser la digestion par exemple), cataire (en infusion pour dormir, entre autres), anis-hysope (saveur similaire à la réglisse, apaise la fièvre)…

Cela ne nous empêche pas de prendre le temps de quelques escapades.

Un samedi, inauguration d’un nouveau sentier sur la montagne du Diable.
Nous laissons la voiture au parking de la ville de Ferme-Neuve et montons dans un gros bus scolaire tout jaune qui Continuer la lecture de Le temps de l’envol des outardes (Partie 1)

Pommiers, grelinette, pommes de terre, etc. (Partie 1)

Pendant mes deux semaines auprès de Maryanne et Réal, tous deux profondément sensibles à la fois au social et à l’environnemental, mes mains travaillent dans la terre de différents jardins.

Du vendredi au lundi, nous sommes chez mes hôtes.
Certaines récoltes de légumes dans leur potager sont suffisamment abondantes pour leur permettre de donner leur surplus à la Manne du jour.

Du mardi au jeudi, nous allons en ville à Mont-Laurier, à 45 minutes de route.
Maryanne travaille à la boutique L’Essentielle et pendant ce temps, j’accompagne Réal dans les différents potagers urbains.
Le jardin « Commune Eau Terre », partagé par une petite communauté. Maryanne et Réal y entretiennent pour eux une petite parcelle supplémentaire.
Et les jardins de l’association Cultiver pour nourrir : celui de l’Hôtel de ville (anciennement tenu par des bonnes sœurs et où la culture se fait dans le sol) et celui de Floraberge (où la culture est organisée en bacs et sous serre).
‘Cultiver pour nourrir’ est une association Continuer la lecture de Pommiers, grelinette, pommes de terre, etc. (Partie 1)

Être ensemble (Partie 1)

Le mardi 13 septembre,
Après quelques heures de route,
Le car au départ de Montréal s’arrête à une station service de Mont-Tremblant. Tout le monde descend. Nous ne sommes plus que trois à poursuivre. Trois à embarquer dans un mini bus orange.
Il me reste une dernière heure de trajet.
Et le bus me dépose enfin sur un petit parking dans la ville de Mont-Laurier.
J’arrive dans les Hautes-Laurentides.

Uté vient me chercher.
C’est une amie et collègue de mes hôtes, Maryanne et Réal.

Maryanne travaille depuis 25 ans dans la coopérative L’Essentielle, boutique de produits naturels et biologiques. Elle est passionnée par le jardinage et est une cuisinière virtuose.
Réal, de son côté, a été créateur bijoutier et a tenu pendant de très nombreuses années une boutique d’objets d’import export appelée « Beauté d’ici et d’ailleurs ». Au hasard de nos discussions, j’apprends qu’il a monté, à une époque, un projet de co-voiturage dans la région et qu’il a aussi été chroniqueur pour un journal et pour la radio locale. En 1989, il a co-fondé Continuer la lecture de Être ensemble (Partie 1)