Le temps de l’envol des outardes (Partie 2)

Ce dernier après-midi à Sainte-Anne-du-Lac, je suis Maryanne dans la serre où je récolte les tomates cerises qui n’en finissent pas de rougir.
Maryanne sort vider les plantes aquatiques de la marre aux grenouilles, dévoilant leurs merveilleuses racines indigo.
Après éviction des bulbes flottants et de quelques seaux d’eau, une famille grenouille apparaît en effet. Petites, moyennes, grandes.
Le ciel s’assombrit.
J’aide Réal à désinstaller une clôture.
Je rassemble et remonte les piquets en acier. Ils pèsent un bon poids.
J’emporte jusqu’à la cabane, comme un marchand de tapis, le grillage enroulé.
Réal plaisante sur ma musculature en passe de devenir méconnaissable.
Maryanne remplit des brouettes d’herbes, fleurs, haricots, tomates, œillets d’Inde, bourraches…
Les terres se dénudent.
Toujours et encore, de plus en plus.
Comme les outardes, le sol se prépare à l’hiver. L’hibernation à défaut de la migration.
La fin du cycle de production est tout à fait Continuer la lecture de Le temps de l’envol des outardes (Partie 2)

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Nelson – Vancouver

Vendredi 15 juillet, 8h50.
Je monte dans le bus qui relie Nelson à Vancouver.
Le trajet dure environ douze heures.
Arrivée prévue à 21h30.

Inventaire :
Une biche à l’orée d’une fôret.
Le panneau « Wild Life Corridor – Drive Slow ».
Le vert profond des forêts, des lacs.
La banderole « Enfants disparus » affichée dans le hall d’une station de bus où nous faisons une halte.
Les motels à l’américaine.
Les restaurants : « 50’s Dinner ».
Les panneaux « Ice Cream ».
À la pause déjeuner, la serveuse du restaurant ne décolle pas les pieds du sol et court en marchant, si bien qu’on dirait qu’elle patine à petits pas.
La brume qui envahit Coquihalla.
À Kelowna, l’heure et demie d’attente de voyageurs en transfert.
Arrivée à 23h au beau milieu de Vancouver.

Et dans toutes ces petites choses…
Près de Conkle Lake.
Parc Provincial.
Du bord de la route jusqu’aux sommets.
Des arbres noirs, nus, morts, par milliers. Les troncs, comme une armée réduite au silence, se tiennent droits. Sinistre traversée. Paysage dramatique.
Le cœur change de rythme.
Sort de lui-même.
Suit les rivières qui coulent parmi les arbres de cendre.
Cherche l’explication. L’espoir. Le vert.
Des conversations balbutient.
Selon le chauffeur, il y aurait eu un feu l’an dernier.
Un tapis d’herbes et de fleurs sauvages reprend sa place au pied des fantômes sacrés.

Tokyo, l’îlot suspendu (Andretta – Nelson)

30 juin, 9h.
Je fais mes au revoir au village d’Andretta.
Ensuite, c’est l’histoire d’un périple de plus de 60h avec plein de chiffres partout.

1h de route jusqu’à l’aéroport de Dharamsala.
Je me laisse bercer par mes souvenirs.
Je regarde l’Inde, j’absorbe son essence visuelle, la scrute, l’ausculte.
Les éternelles guirlandes de sachets chatoyants en plastique contenant cacahuètes et autres déclinaisons de snacks.
L’intarissable beauté des reflets du ciel dans l’eau des rizières vert clair et des femmes qui y travaillent avec leurs saris rose, orange, rouges, jaunes… Les familles entières parfois s’y mettent. Tradition de joie. Planter, ensemble, les pieds dans l’eau.
Les magasins d’étoffes, les restaurants ouverts sur rue avec les énormes gamelles Continuer la lecture de Tokyo, l’îlot suspendu (Andretta – Nelson)

De Dehra Dun à Dharamkot

Parfois, ce n’est pas à vous de décider de votre départ mais au départ de décider pour vous.

Lundi 30 mai donc.
Cheveux au vent, émotions entre rires et larmes, à écouter (puis finir par subir) cette musique pop indienne qui criait dans les enceintes de l’auto-rickshaw. Nous avons pris la route. Un bus nous attendait à la gare routière de Dehradun. Départ à 17h pour un trajet de pas moins de treize heures.
On était prêtes, mentalement, à la passer cette nuit itinérante !
Mais…
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Reprendre la route

D’abord, les champs de blés vert tendre. Les mangues dans le verger de la grosseur des petits pois. Les étendues de camomilles en fleur au parfum apaisant. Ces deux petits chiots patauds, frère et soeur, Potatoe et Panda. Et puis, hors de la bulle rurale de Navdanya, cette première immersion dans la ville de Dehradun, plongeon dans un urbanisme brouillon et vertigineux qui laisse sans repère et sans énergie.
Être nouvelle, être guidée.

Deux mois.
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Des montagnes au cœur

Ces jours-ci, l’air est extrêmement chaud et la ferme tourne un peu au ralenti.

Les champs, dénudés de leurs blés, laissent maintenant paraître de nouvelles pousses qui grandissent à une allure haletante. Ce sont des tiges de lentille. Elles n’auront cependant pas le temps d’arriver à maturité. Enfouies directement sous le sol, elles feront office d’engrais vert avant transplantation des différentes variétés de riz.
Quelque part dans une salle de bain, un petit caméléon tente un séjour ‘fraîcheur’ dans une bassine à laver le linge dans laquelle stagne une tache d’eau. Il est magnifique. Je vois sa tête s’empourprer à mesure que je m’avance pour l’observer.
Plus tard, lors de mon brossage de dents du soir, alors que je suis seule, j’entends Continuer la lecture de Des montagnes au cœur