Fleurs

Cueillir les calendulas,
Et découvrir que leurs tiges collent comme la sève des arbres.
Les tiges de bourrache sont quant à elles chevelues et picotent les doigts,
Mais les délicates petites fleurs bleues se mangent, comme les capucines aux vives couleurs.
Je me laisse bercer par l’idée de travailler avec les fleurs.
Fleurs que l’on mange.
Fleurs aux pouvoirs médicinaux.
Baumes, essences, parfums.
Mes sens se connectent de nouveau à une envie qui est présente depuis le début de mon voyage :
Apprendre le vocabulaire, connaître les mots pour décrire avec leur parfaite singularité et précision
Les subtiles senteurs
Des plantes et des fleurs.

Mount Galiano

Les forêts, même au sud de Galiano, sont extrêmement belles.
Emprunter le long sentier qui grimpe.
Les graines de chardons parachutées recouvrent le sol comme un manteau de neige.
Prendre de l’altitude petit à petit.
Quelques pas encore.
Et puis
L’horizon
Qui coupe le souffle
Qui surgit
Pour attraper le cœur et se graver à l’intérieur.
Le silence, la hauteur.
S’asseoir sous un vieux chêne de Garry.
L’écorce craquelée comme un vieil animal gris.
Quelques branches portent encore des feuilles.
Vertes, tachetées de jaune et de rouille.
En face, le bleu.
Des rapaces aux ailes déployées.
Les îles.
Toutes les îles.
Sur le chemin du retour
Regarder ce que le soleil couchant illumine.
Les racines à la verticale d’un arbre tombé.
Comme la porte d’un autre monde.
La paréidolie s’en mêle.
Je vois des formes prendre vie.
La sensation, toujours, que ces forêts sont pleines d’esprits.

À la mode, à la mode…

S’adapter aux situations,
C’est aussi adopter les tenues appropriées.
Accoutrements improbables, personnages et modes variées.
Diana m’habille.
Je porte les costumes.

Paysagiste de l’extrême pour tailler les immenses buissons de ronces :
Combinaison taille XL orange vif avec bandes de sécurité jaune fluo et argentées, dont l’entrejambe m’arrive aux genoux et dont le poids s’estime en kilo, accessoirisée de gants taille XL eux aussi et d’une grande cisaille.

Épouvantail ou belle des champs, cela dépend des points de vue, pour aller jardiner sous l’écrasant soleil du Learning Center :
Diana assortit mon pantalon de jardinage marron et ma chemise légère fleurie d’un chapeau de paille. Mais pas n’importe lequel : bien large pour me faire de l’ombre, haut et troué pour m’aérer.

Bûcheronne, je suis allée couper le bois à la hache motorisée avec :
La magnifique paire de lunettes de protection toute en indiscrétion et transparence ainsi que son casque anti-bruit rouge.

L’été s’adoucissant parfois,
Et étant sur le point
D’aller dans un magasin de seconde main,
Je repars enfin
Avec la veste bleue sans manches de Diana
Que j’aime porter
Dans les fraîches matinées.

L’autre, dans le miroir

L’après-midi, les poules sont libres de gambader dans le grand jardin autour de la maison.
Je les observe sous les cèdres.
Elles ne font décidément que manger.
Principale préoccupation d’une poule.
Près des arbres, quelques vieux matériaux de construction sont regroupés.
Des fenêtres sont entreposées à la verticale.
Une poule rousse picore et s’approche.
Elle rencontre son reflet.
Sa tête se dresse.
S’immobilise.
Concernée.
Seconde de concentration.
Intense.
Un éclair de génie traverse :
C’est elle-même, l’autre dans le miroir !
Apeurée, elle s’enfuit en courant…