La tête dans les branchages

Aller mettre son nez près du prunier.
Humer les effluves sucrées.
Entre mes doigts, je pince délicatement les fruits à la peau veloutée.
Sentir ce moment où
La tige cèdera ou
Ne cèdera pas.
Ne pas forcer le fruit. Jamais.
C’est cela, récolter.
Saisir l’instant, n’emporter que ce qui est à juste maturité.
Donner du temps à ce qui est trop vert, mais ne pas se tromper :
Prendre garde à ne pas passer à côté d’un fruit tout juste mûr et prêt à tomber,
À être emporté par son poids, le vent, la pluie.
Ce qui touchera le sol en notre absence appartiendra aux fourmis.
Monter sur l’échelle,
Avoir la tête dans les branchages.
Repérer les prunes, celles dont la robe a jauni.
Étirer le corps,
Tendre le bras.
L’arbre attrape au passage quelques uns de mes cheveux noués,
Me faisant lancer d’expressives onomatopées de connivence.
Une mésange pépie et attire notre regard.
Les fines pattes agrippées, les plumes jaune poussin et bleues hérissées par une brise fraîche,
Elle picore dans une prune à même l’arbre fruitier.
Nous restons là, à l’observer.
C’est cela aussi, avoir un prunier.
C’est partager.
Le panier, à chaque récolte, est à nouveau rempli de fruits.
De retour dans la cuisine,
Nous découvrons une autre copine.
Une coccinelle s’est invitée sur l’anse en osier.
Je retourne dans le jardin pour l’y déposer,
Parée de ses petits pois noirs sur sa jolie coque dorée.

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